Qu’est ce donc que l’alsacien? Was heisst genau “elsässisch”?

En français, on définirait l’alsacien par le simple mot dialecte. Mais cela n’est pas suffisant. Le terme dialecte ne permet pas de comprendre la nature. Certains parleraient vulgairement de patois, d’autres de langue. De fumeux patriotes français du début du 20ème siècle ont tenté de la rattacher à une langue celtique,  rien de plus stupide. D’autres plus contemporains pratiquent une politique d’opposition en affirmant que l’alsacien n’est pas de l’allemand. Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que l’alsacien est plus proche de l’allemand qu’il ne l’est du vieux françois et du mandarin!  L’allemand et l’alsacien ne s’opposent pas, ils se complémentent. Les historiens des langues conviennent même que l’alsacien, du moins la langue parlée à cette hauteur du Rhin, a été la matrice originelle du Haut-Allemand actuel (Hochdeutsch), aujourd’hui langue nationale de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Autriche, du Luxembourg, etc, seconde langue la plus parlée en Europe.

Rétablissons la vérité. L’exacte dénomination admise par les linguistes est:  “l’ensemble des dialectes alémaniques et franciques la forme écrite est l’allemand standard traditionnellement pratiqués en Alsace. Le dialecte alsacien est donc à la fois une réalité linguistique car langue germanique mais surtout géographique car il recouvre un territoire: l’Alsace. Les autres définitions ne relèvent que de la fantaisie et visent, sciemment ou inconsciemment, à couper les Alsaciens de la culture rhénane 1.Le domaine dialectal de l'Alsace

Destruction du dialecte, du bilinguisme

Détruire la langue originelle des Alsaciens, c’est le but clairement affiché par Paris. Détruire toute spécificité (alsacienne), aussi. Sa langue, sa culture, son Histoire. Le procédé est bien connu. En coupant les Alsaciens génération après génération de la langue allemande à travers l’éducation et les médias, en tapant sur les doigts des élèves qui s’avisaient de parler alsacien en récréation, on constate que le dialecte, n’ayant plus droit de cité sur la place publique, sans cesse dénigré,  s’est appauvrit lexicalement et syntaxiquement.  Les linguistes connaissaient l’étape supérieure: la mort, l’extinction de la  langue. Nous sommes en 2010 et les défenseurs du bilinguisme - qui tiraient déjà la sonnette d’alarme il y à des décennies -ont établi ce terrible constat pour le moins prévisible: le taux de dialectophones chez les jeunes générations est proche de zéro. Un incroyable gâchis pour nous autres Un linguicide dirait un œil extérieur. 2. Alors, contre qui se retourner?

Une faute collective?

Les parents? On entend souvent: “les parents sont fautifs, ce n’est pas à l’éducation nationale de se charger de l’enseignement du dialecte.” L’Alsacien à l’art de s’auto-flageller pour éviter de soulever les vrais problèmes.

Les jeunes? On entend aussi: “vous les jeunes, que faites vous contre le déclin du dialecte, dans le fond vous y consentez”. L’argument n’est pas digne des anciennes générations et nous leur retournont la question: un ihr, wàs hàn ihr johrelang gmàcht fer ehri Sproch züe verteidige?

L’éducation nationale? Une masse informe dépourvue de tout esprit d’initiative, formaté par le Système qui nous apprend encore aujourd’hui que “nos ancêtres étaient des Gaulois”… alors sauver une langue.

Le Rectorat? Fait souvent opposition aux ouvertures de classes bilingues en agitant l’argument égalitaire “les classes bilingues sont réservée à  une l’élite”.

Les politiques? Sans doute la véritable clef du problème. Les Alsaciens, fiers de leur héritage mais aussi en bons Européens, ont toujours clamé leur attachement au bilinguisme en se remettant à leur classe politique. Nous ne pouvons constater que cette dernière à été incapable de donner une réponse satisfaisante à la perte généralisée de la langue alsacienne. Autant verser des larmes de crocodile.

Mais pourquoi alémanique? Pourquoi francique?

Zone linguistique alémaniqueComme tout les dialectes, la langue alsacienne n’est pas UNE. Et c’est ce qui fait (ou faisait!) sa richesse. Comme le dit la définition, la langue alsacienne est scindé en deux groupes linguistique germaniques: l’alémanique et le francique.

On parle d’alémanique d’Alsace, variante alsacienne de la langue alémanique, langue de la tribu germanique des Alamans installée au 4ème siècle sur les rives du Rhin supérieur, parlée sous différentes variantes dans le Bade (badois/badisch), en Souabe (souabe/schwäbisch) et toujours très vivace en Suisse alémanique (schwyzertütsch, barntütsch, baseltütsch) que ce soit à Bâle, Berne, Zurich, etc

On parle aussi de francique, langue de la tribu des Francs, celle de Clovis, de Charlemagne, et qui correspond aux dialectes allemands situés au Nord de la forêt de Haguenau. A Wissembourg, l’on parle francique du Palatinat (Pfalzfränkisch), en Alsace bossue on parle volontiers de francique rhénan (Rheinfränkisch), du Luthringerdaitsch.

Notes

1. Les Suisses alémaniques, fiers de leur particularisme, voulaient après 1945 créer leur propre langue, le Schwyzertütsch écrite , normalisée et dérivée du dialecte, à l’instar du Luxembourgeois. L’idée fut abandonnée par peur de l’enfermement dans un particularisme et le Hochdeutsch resta langue officielle sans pour autant remettre en cause l’existence du dialecte. La pratique du dialecte  en Suisse alémanique jouit pourtant d’un prestige social et marque une profonde intégration au pays, à l’exact opposé des Alsaciens qui eux ont honte de s’exprimer dans la langue originelle.

2. Acte de tuer une langue. S’applique particulièrement à la langue alsacienne. Il y a deux formes de linguicides reconnues :

- celle qui consiste pour un individu, à ne pas transmettre sa langue à ses enfants, pour des raisons personnelles diverses, ce qui peut avoir des effets si cette pratique est adoptée par un grand nombre (cas des dialectes occitans et des langues vernaculaires de France)
- celle qui consiste, pour un État, à mener une politique linguistique linguicide, c’est-à-dire :
- à inciter les locuteurs d’une langue (généralement différente des langues officiellement reconnues par cet État) à ne pas transmettre leur langue à leur progéniture,
- à ne pas assurer l’enseignement dans une langue de cet État,
- à ne pas permettre l’usage public d’une langue,
- à promouvoir exagérement une langue voisine de celle à faire disparaître.

Si certains désirent approfondir le sujet, nous vous conseillons vivement de lire le livre (bilingue) suivant:

Langues d'Alsace Pierre KleinLangues d’Alsace

par
Pierre Klein
Editions Nord Alsace (ENA)

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