L’autonomisme n’est ni plus ni moins qu’une revendication à plus de liberté pour les Alsaciens et pour les peuples dont l’existence est menacée en général. C’est simplement une revendication à une forme de fédéralisme ou d’Etat régional, comme il en existe partout en Europe (Espagne, Italie, Allemagne, Grande-Bretagne, Russie…).
L’Alsace doit pouvoir voter ses lois dans des domaines de compétences élargis, de l’économie à l’éducation en passant par la police et la justice.
A Paris en fait reviendrait ce que l’Alsace ne peut faire elle-même, c’est le principe de subsidiarité.
L’Etat français est un frein à notre développement, l’Alsace est pour lui une vache à lait.
L’Alsace est une région riche et dynamique qui a tous les moyens de son autonomie, nous n’avons pas besoin d’un Etat omnipotent !
Considérations autour de la notion d’autonomie
A la notion d’autonomie sont sous-jacentes de nombreuses questions : tout d’abord peut-on se poser cette question d’une autonomie, oui, mais pour quelle identité ? Cherchons à y répondre dans un premier temps et à déterminer ce que Jeune Alsace entend par identité alsacienne, à savoir une identité transcendant la France et l’Allemagne, une identité alsacienne propre, ouverte sur l’Europe.
Alors, si l’Alsace a une identité propre, pourquoi ne pas aller au bout des choses, réclamer l’indépendance, ou alors rêver à un Etat alémanique ? Nous expliquerons pourquoi nous privilégions l’autonomie à ces solutions plus radicales.
Enfin, comment organiser cette autonomie ? Pas bien compliqué, il suffit de regarder dans les Etats voisins où le fédéralisme est la règle, prouvant encore une fois que la France est archaïque. Rappelons que dans la Constitution alsacienne de 1911 les Allemands avaient déjà introduit le bilinguisme, à la faveur des minorités francophones…on fêtera bientôt le siècle de retard ! Bravo la République !
Les tendances identitaires aujourd’hui en Alsace
En Alsace, terre irrédente, le discours identitaire est aujourd’hui confus, si l’on voulait tenter une lecture de ces tendances voilà les trois groupes que l’on pourrait dégager.
1. En premier lieu, ceux pour qui l’identité alsacienne résulte d’une identification pure et simple au fait national français. Selon ce premier groupe, de part son histoire, l’Alsacien doit exclure les autres formes d’appartenance identitaire, dérive communautariste, et qui dit communautarisme dit déviationnisme anti-républicain. Leur identité est une substitution plus qu’une opposition à l’idée alsacienne. L’anti-germanisme est ici une donnée importante puisqu’il fait partie de la mythologie patriotique française. Il faudrait aller jusqu’à l’évocation d’un véritable sentiment d’infériorité qui succède à l’après-guerre, compensé par l’adoption active du modèle jacobin prescrit. Sans donner dans le déterminisme social, on peut dire que la plupart des tenants de cette ligne sont à rechercher dans la bourgeoisie citadine, de tout temps soucieuse de s’assurer une bonne intégration synonyme de stabilité et plus ouverte que le reste de l’Alsace sur le progressisme qu’incarnait la France.
2. D’autres auront une vision plus romantique, l’identité alsacienne étant innée, être Alsacien consiste à devenir ce que l’on est par avance, jusqu’à rejeter le bilinguisme, puisqu’il n’est Alsacien que par artifice jacobin. L’Alsacien a une langue maternelle, l’allemand, il a une culture propre qui le différencie de la France, il fait partie d’une communauté à part qui ne peut que s’émanciper dans l’autonomie voire l’indépendance. On peut dire qu’aujourd’hui cette tendance est devenue très minoritaire par la force des choses et de toute façon complètement réduite au silence car décriée par les médias comme pangermaniste. Le discours différentialiste radical ne peut être que le fait de milieux assez intellectuels, tant la masse a été conditionnée dans le patriotisme français.
3. L’après guerre a consacré une vision médiane, qui se voudrait non un pont entre identité alémanique et française, mais plutôt une identité transcendantale. Cette identité serait certes le fruit d’apports français et alémaniques (ou proprement alsaciens) mais aussi le fruit d’un rapport particulier qu’entretient l’Alsace à l’Europe. Du fait de son histoire tourmentée, l’Alsace semble accepter plus facilement qu’ailleurs les institutions supranationales européennes. D’où une contradiction manifeste entre un comportement politique très patriotique, une Alsace conservatrice forteresse, bastion de l’UMP et aussi du Front National, et une Alsace ouverte, qui vote largement en faveur de Maastricht. Cette vision médiane de l’Alsace est devenue très populaire, il est même assez chic de dire de l’Alsace qu’elle est une région à vocation européenne, le pont entre la France et l’Allemagne. Mais les choses à la mode sont assez futiles et ce discours différentialiste et européen se transforme rapidement en un régionalisme molasson de défense, faute de politiciens capables de tenir tête à Paris.
Dans quelle catégorie situer Jeune Alsace ?
Les idées défendues par Jeune Alsace ne puisent naturellement pas leur source dans la première catégorie, elles en seraient même plutôt l’antithèse.
L’autonomisme se veut l’antidote à ce qu’il convient d’appeler une véritable “naïveté”, cette certaine idée de la France à laquelle des Alsaciens se sont rapidement laissés convaincre (en premier lieu dans la bourgeoisie), et qui a par la suite convaincu d’autres plus sceptiques par la propagande. A Jeune Alsace, nous nous affirmons clairement comme « communautaristes », oui notre communauté alsacienne importe plus que toute autre et il n’y a pas de mal à privilégier les siens, bien au contraire ! La vraie solidarité c’est celle de la communauté charnelle, pas celle de la communauté de droit, sous tutelle de Marianne. Par ailleurs, nous n’hésitons pas à affirmer, avec fierté qui plus est, que nous sommes une région de culture germanique et que c’est très bien ainsi.
Nous croyons, comme la seconde catégorie, que l’Alsacien a une culture propre qui le différencie de la France, qu’il est une communauté à part, au même titre que les Basques, les Bretons, les Corses, les Occitans, les Flamands. Puisque la France a toujours imposé ses décisions, allant dans le sens d’une destruction de notre culture, il est évident que notre émancipation passe par un réel pouvoir de décision pour notre Peuple. Indépendance ? Nous ne la pensons pas souhaitable. Pangermanisme et rattachement à l’Allemagne ? Nous ne nous sentons pas Allemands, mais Alsaciens, alors non merci.
C’est ce qui nous rattache à la troisième catégorie. Pourquoi diable se définir en fonction d’une identité française, allemande ou même alémanique ? Nous sommes Alsaciens avant tout et cela transcende les autres identités ! Il est par ailleurs vrai que l’Alsace, plus que d’autres régions, a une vocation profondément européenne. Mais contrairement aux « régionalistes mous » et pro-européens que l’on retrouve aujourd’hui dans presque tous les partis, à Jeune Alsace nous prônons une authentique Europe fédérale des peuples et la destruction à terme des archaïques Etats-Nations européens. Ils sont des freins à une véritable grande Europe fraternelle et puissante, capable de peser dans les enjeux géopolitiques mondiaux. Une Europe politique basée sur une identité concrète, pas une simple entité économique à la solde des Américains et de l’OTAN.
L’autonomisme alsacien mis en contexte et l’impossible Nation alémanique
On remarque que les trois tendances de ce qu’il conviendra d’appeler la “défense identitaire” (régionalisme, autonomisme, sécessionnisme) sont plus ou moins importantes selon les régions et leur histoire. Ainsi, plus le contexte historique, linguistique et ethnique pourra être objectivé, plus l’on aura d’une manière générale une tendance vers un plus fort autonomisme voire un nationalisme. C’est le cas de la Bretagne, du Pays basque et de la Corse. Au contraire, en Normandie où langue se différencie peu du français du bassin parisien, la revendication identitaire est assez limitée et informelle. En Alsace, il manque une langue à part, l’alsacien n’est qu’un dialecte vernaculaire, incomparable à la langue bretonne ou au basque. Mais peut-on néanmoins objectiver un concept de « Nation alsacienne » ? D’un point de vue historique, cela prête très largement à débat. En effet, les courants autonomistes alsaciens se sont longtemps référés à l’Alsace-Lorraine, or linguistiquement la Moselle est de dialecte francique et l’association que l’on en fait à l’Alsace est finalement en bonne partie une conséquence des impérialismes français comme allemand. Si l’on se réfère aux critères objectifs que les courants identitaires et ethnistes mettent de manière générale en avant, l’Alsace appartient à une Nation alémanique, avec le Wurtemberg, la Souabie, la Suisse alémanique, le Voralberg en Autriche et même une partie des Alpes italiennes. Le courant séparatiste alémanique a culturellement existé, mais comment l’imaginer viable aujourd’hui ? L’Alémanie est sur cinq pays (France, Allemagne, Suisse, Italie, Autriche), ce qui constitue déjà un grand obstacle à la simple imagination. De plus, chaque communauté s’est bien intégrée dans son pays, surtout que ceux-ci, mis à part la France, pratiquent le fédéralisme ou le régionalisme. Le Voralberg, situé à l’extrémité Ouest de l’Autriche, avait quant à lui exprimé sa volonté d’être rattaché à la suisse alémanique lors d’un référendum dont on ne tint pas compte au traité de St-Germain-en-Laye en 1919. Le symbole de la région est un Rot und Wiss, comme en Alsace. Il semblerait que les tendances séparatistes se soient largement estompées avec le temps, la prospérité et le fédéralisme autrichien. Pour le reste, les Wurtembourgeois et les Souabes (qui ne disposent pas de Land mais sont intégrés à la Bavière) coulent des jours tranquilles, même si le dialecte alémanique est naturellement menacé par la standardisation de l’allemand. Les liens économiques et culturels avec la Suisse sont forts, d’autant que la Suisse attire par sa prospérité. Et que dire des Suisses alémaniques qui se contentent de leur confédération prospère qui a rendu possible la coopération entre des peuples qui ne se comprennent pas et restent chacun chez eux.
Enfin, lorsque l’on sait le patriotisme français d’une bonne part des Alsaciens qui s’est parfois transformé en haine du boche qu’ils sont eux-mêmes, l’idée d’une Nation alémanique peut sembler romantique, mais elle n’est pas réaliste.
Il est donc impossible ou quasiment impossible en Alsace de se réclamer d’un séparatisme, non parce que l’entité alémanique n’existe pas, mais plutôt parce que sa réalité ne peut pas paraître viable. Peut-être que si les femmes alsaciennes sortaient encore avec leur coiffe à noeud se ferait-on aujourd’hui la réflexion que dans le Kochersberg, le Brisgau et le Kaiserthul on se ressemble ? Mais les costumes ont disparu et sont perçus comme ridicules, là aussi il faut se demander pourquoi ils ont tant disparu en France et pas ailleurs ! Presque toutes les coutumes ont disparu. Finalement l’Alsacien n’a plus grand chose comme élément de comparaison avec ses frères alémaniques, si ce n’est la traditionnelle Bière-Choucroute-Vin blanc, le terroir, le côté sympa pour le touriste. L’identité alsacienne c’est un peu ça aujourd’hui, le jeune vit sa bière Fischer (Météor, parfois !) et son Riesling comme expression de son identité. Car qu’aura-t-il d’autre à raconter à celui qui lui demande de parler de son identité ? Le travail, les trottoirs nettoyés, les geranium…la langue, l’histoire, le folklore, le jeune alsacien il n’est presque jamais capable d’en parler. Réduit à cette inculture et à cette identité gastronomique, n’imaginons pas que les nouvelles générations, rendues quasiment analphabètes par l’Education nationale, aient les moyens de mener une quelconque réflexion sur l’entité alémanique.
L’autonomie pour l’Alsace paraît donc le meilleur compromis entre un séparatisme trop romantique (que les Alsaciens ne souhaitent pas pour l’immense majorité d’entre eux) et un régionalisme devenu presque tendance chez les bobos et qui n’apportera pas d’avancée concrète pour les Alsaciens. L’autonomie semble le mieux réconcilier l’éternelle modération alsacienne avec sa conscience régionale.
Jacobinisme : une victoire de la forme, pas du fond
Le problème de l’Etat français est qu’il ne peut pas compenser la solidarité régionale. Elle est bien plus proche et concrète, par définition, qu’une grande histoire « nationale » dont les fondements ont, quoi qu’il advienne, moins de portée que des coutumes locales, même rendues inconscientes.
Dans une éducation qui ne connaît que l’échelle hexagonale, l’individu ne peut que prendre conscience de lui par des concepts lointains, qui se contredisent avec l’expérience d’une culture alsacienne alternative et complémentaire au quotidien, mais sur laquelle l’idée de mettre un mot n’est pas suscitée et même contraire aux principes fondamentaux de la Nation. Pourtant, aux premiers mots prononcés hors de leur contrée, la plupart des “Alsaciens” seront identifiés, même à l’étranger, on saura que ces Français avec un accent si particulier sont des Alsaciens. Eux-mêmes d’ailleurs continuent de qualifier la France d’”Intérieur”, terme fort peu poétique et affectif pour désigner un territoire à laquelle l’Alsace s’agglomère mais ne s’intègre pas. Le docteur Paul Specklin en parlait ainsi en 1938, ces mots restant d’actualité : “aujourd’hui comme hier, lorsque l’Alsacien parle dans son patois [sic] des mesures des autorités, il dit ils font ceci, ils interdisent cela. A l’Intérieur, l’homme du peuple dirait : on fait cela…Nuance très fine, mais importante : dans cet on, l’individu se comprend lui-même ; ils, c’est l’autorité étrangère”.
Il y a une dichotomie totale entre le besoin qu’ont les gens d’identifier l’autre à travers son identité et le mythe d’une France unifiée, alors qu’elle est probablement l’un des pays d’Europe où les disparités identitaires sont les plus claires.
De l’archaïsme français en Europe
Partout ailleurs en Europe existent des mouvements autonomistes comparables à ceux que l’on retrouve en France, souvent plus dynamiques d’ailleurs. L’apathie des identités de l’hexagone est évidemment liée à leur dissolution dans une acculturation républicaine fabriquant des anonymes tricolores. Pour la plupart des Bretons ou Alsaciens, il ne faut pas se leurrer, un militant autonomiste a un côté désuet sinon pathétique, il se bat pour quelque chose de déjà perdu depuis longtemps, presque quelque chose de ringard. La France a fabriqué des hommes repliés sur eux-mêmes, qui raisonnent dans le système franco-français entretenant l’image d’une France éternelle qui serait tout à la fois dans tous les domaines, du Droit à la gastronomie. Le Français moyen ne sait pas que c’est la France qui a cent ans de retard en matière d’organisation territoriale, il ne sait pas que les voisins européens la regardent comme un spécimen préhistorique. S’il daigne voyager en Europe, le Français moyen se rendra compte que l’on n’aime guère son pays, si ce n’est évidemment pour son savoir vivre et ses décors, qui n’ont rien à voir avec l’Etat. La France et ses citoyens sont souvent perçus comme des gens hautains, un brin drôles dans leur décalage, s’imaginant que la France a encore un poids dans le monde et un rayonnement culturel. La réalité est que pour être apprécié à l’étranger lorsque l’on est français il faut faire son mea culpa et rire du retard français dans tous les domaines. Et il n’en va pas uniquement de l’organisation territoriale, mais aussi de son conservatisme économique et social qui la fige dans son marasme, incarné par sa dette énorme.
Au plan territorial, celui qui nous intéresse en particulier, dressons un bref aperçu de la situation en Europe en comparant les modèles des principaux Etats.
La France est l’Allemagne sont historiquement deux Etats qui se sont construits de façon totalement différente. L’Allemagne est un Etat jeune, de la fin du XIXème siècle, qui s’est constitué de la périphérie et non du centre, avec comme moteur pour le moins coercitif tout de même la Prusse omnipotente. Mais l’héritage du pays demeure confédéral, puisque depuis le traité de Westphalie qui avait créé 300 petits Etats sans réel pouvoir géopolitique ces entités avaient dû apprendre à collaborer. Hormis la période totalitaire nazie où le fédéralisme avait été supprimé, le fédéralisme demeure à la base de l’existence d’un Etat allemand. L’Etat fédéral est le résultat d’une agrégation d’Etat indépendants qui décident d’abandonner leur souveraineté au profit d’une entité politique. Cela peut être forcé comme lors de l’unification allemande de 1871, sous la tutelle de la Prusse ou se faire en douceur comme lors de la transformation de la confédération suisse en Etat fédéral en 1848.
Le principe du fédéralisme, sur le modèle allemand, est que l’exercice des pouvoirs étatiques et l’accomplissement des missions de l’Etat (Staat) dépendent des Etats (Länder). Le pouvoir central a uniquement les compétences que la Constitution lui assigne. Les citoyens ont une double loyauté, à la fois pour l’Etat et la patrie. De plus, les entités fédérées participent de l’exercice du pouvoir à l’échelon fédéral (Bundesrat en Allemagne, House of representatives aux Etats-Unis). Dans un Etat fédéral l’Etat central accepte donc de se scinder en plusieurs Etats, qui posséderont aussi une Constitution. Les Etats fédéraux allemands ont par exemple compétence en matière de police, école et université, relations Etat/Eglise, droit communal. La Suisse est aussi dotée d’une Constitution fédérale poussée à l’extrême et il semble que cela n’a guère porté préjudice à l’Helvétie, bien au contraire, elle a réussi la prouesse de faire cohabiter des peuples très différents en leur laissant à chacun leurs spécificités. C’est ce que n’a pas réussi la Belgique, qui se casse les dents sur le problème flamand après s’être pourtant transformée en Etat fédéral (notons qu’au début du XXème siècle les tendances autonomistes se situaient côté Wallon).
Néanmoins, gardons à l’esprit qu’Etat fédéral ne signifie pas forcément parfait respect des identités. Si au point de vue juridique le système apparaît effectivement préserver les peuples, faut-il encore que les frontières effectives des entités fédérales correspondent à ces mêmes peuples. En Allemagne les frontières apparaissent assez artificielles, tous les Etats ne sont pas forcément historiques et résultent souvent des découpages des après-guerres ou de la réunification. Il n’y par exemple aucun Etat frison pour cette minorité en voie d’extinction du Nord-Ouest du pays. Mais cela n’a pas grand chose à voir avec la problématique française, puisque les différences entre peuples d’Allemagne apparaissent bien ténues par rapport à la France qui est une véritable mosaïque. Paradoxalement, c’est donc un Etat à la population assez homogène comme l’Allemagne qui accepte une véritable délégation de pouvoir. Mais y a t-il réellement paradoxe ? Après tout, il est assez logique que la France ait serré la vis et étouffé les identités qui la composent puisqu’elles étaient des menaces à son unité. Dans un Etat ethniquement et culturellement plus homogène comme l’Allemagne le risque est plus faible.
La France a donc choisi un modèle d’Etat unitaire. Cela signifie que la souveraineté est indivisible, qu’elle ne se partage pas. L’Etat unitaire n’a en soi rien d’exceptionnel, et la plupart des pays sont passés par ce processus pour construire leur Etat-Nation. Aujourd’hui, la majorité des Etats d’Europe sont encore qualifiés d’unitaires. Mais à y regarder de plus près, la France est l’unique Etat d’Europe occidentale qui se cramponne à un modèle unitaire dogmatique. On se contente de réformettes qui sont de la poudre aux yeux, du type loi sur décentralisation du 13 août 2004 où il est stipulé dans son article 1er que sera inscrit dans la Constitution que l’organisation de la République est décentralisée. Quelle avancée peut-on se dire, décentraliser c’est quand même l’antinomie de décentralisation, non ? En fait il y a bien transfert de compétences mais l’on n’assure aucunement l’autonomie financière des “collectivités territoriales” car une autonomie véritable qui impliquerait une indépendance fiscale se heurte évidemment à des barrières constitutionnelles que la France ne souhaite pas réformer. De plus, le contrôle des collectivités territoriales est toujours incarné par le bras de l’Etat dans les régions, le Préfet. Il doit veiller à ce que les décisions administratives et budgétaires prises par les collectivités locales soient conformes à la règle de droit et compatibles avec les intérêts généraux de l’Etat. Le département se maintient, sans aucune utilité sinon d’être un héritage révolutionnaire. L’interventionnisme de l’élite parisienne se maintient, par le biais des organismes d’aménagement du territoire comme par les subventions dans les secteurs de l’Industrie et de la Recherche en particulier. Tout demeure en fait complètement dépendant du bon vouloir de la capitale et de ses institutions.
Dans les autres Etats de tradition centralisatrice, comme l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne, de profondes réformes ont en fait eu raison du caractère unitaire de ces Etats, même s’ils ne sont pas de véritables fédérations. On les qualifie parfois aujourd’hui d’Etats régionaux. Ceux-ci sont caractérisés par une grande autonomie laissée aux régions, ce qui apparaît contradictoire par rapport à l’origine centralisée des Etats unitaires. On peut légitimement penser que l’Etat régional est une forme d’Etat unitaire défaillant, qui n’a plus les moyens d’assurer sa politique centralisatrice et doit se résoudre à consacrer institutionnellement les aspirations régionales. Tel est le cas en Espagne, où après l’ultra centralisme autoritaire de Franco, a succédé un Etat régional très poussé, la Constitution de 1978 consacrant des “communautés autonomes” à son article 137. L’Espagne distingue des communautés historiques à fort particularisme (Catalogne, Pays Basque, Galice) et des communautés autonomes ordinaires. La Constitution italienne consacre elle aussi un double régionalisme avec des régions à statut spécial et d’autres à statut ordinaire. Enfin, en Grande-Bretagne, le Scotland Act et le Government of Wales Act ont créé des parlements régionaux en Ecosse et au Pays de Galles, coexistant avec un système centralisé traditionnel dans le reste du pays. Les Etats fédérés ont le pouvoir d’établir leur propre ordre juridique et souvent leur propre Consititution. Le principe d’autonomie de ces Etats fédérés trouve sa source dans le souci de la nécessaire conciliation avec l’unité fédérale. Ainsi, en Allemagne, quatre catégories de lois existent : une législation exclusive des Länder pour leurs affaires locales, une législation exclusive du Bund dans les matières de souveraineté, des domaines de législation concurrente et la loi-cadre. On ne peut pas parler d’autonomie dans le cadre de l’Etat régional car il n’y a pas la création d’un nouvel ordre juridique avec la région. Du point de vue de l’Etat régional, si l’on prend le cas de la Grande-Bretagne, le phénomène de régionalisation n’est qu’une réalité à partir du moment où le Parlement de Westminster en décide ainsi et cette suprématie du Parlement britannique sur les assemblées locales d’Ulster, d’Ecosse et du Pays de Galles est clairement exprimé dans les lois adoptées en 1998. Il n’y a pas dans l’Etat régional la même nécessité de la réciprocité, de l’indépendance et de l’équilibre, sans que l’un ne prévale sur l’autre. D’ailleurs, les collectivités territoriales de l’Etat régional ne sont pas représentées en tant que telles au Parlement. Cependant, les Etats régionaux ont sous certains aspects développés les traits d’Etats fédéraux. Le cas de l’Italie est en ce point remarquable, la révision constitutionnelle de 2001 ayant transformé le régionalisme en système quasi fédéral ; les compétences de l’Etat sont désormais énumérées de façon limitative, les régions détenant les compétences législatives de principe. On est en plein principe de subsidiarité, manquent seulement l’existence d’un Sénat des régions et la différence originelle, c’est-à-dire que normalement l’Etat fédéral né de l’union d’Etats précédemment souverains. Mais dans le fond, difficile de ne pas y voir beaucoup d’analogies avec le fédéralisme. Ainsi, Vincenzo Pepe, Professeur à l’Université de Naples, dit-il que “la Constitution italienne tend au fédéralisme mais sans créer l’Etat fédéral”. On peut dès lors se demander si l’Etat régional n’est pas une étape vers un Etat fédéral, où plutôt un type d’Etat fédéral original, qui n’a pas suivi le même processus historique que les Etats fédéraux classiques.
Des réformes nécessaires
Nous souhaitons pour la France un modèle fédéral qui permette à ses identités de s’émanciper. Néanmoins, nous sommes parfaitement conscients que la France n’est pas décidée à aller dans ce sens, comme l’ont démontrées les propositions de la Commission Balladur en 2009. Nous devons donc réclamer un statut particulier pour l’Alsace et militer en ce sens.
L’Alsace doit devenir maîtresse dans les domaines où son talent lui permettra de s’exprimer mieux, moins cher, plus efficacement que l’État. L’Alsace doit tirer le meilleur parti de sa situation dans l’espace Rhénan et établir des relations étroites de partenariat avec ses voisins de la Suisse alémanique, du pays de Bade et du Sud-Palatinat.
L’Etat centralisateur a montré ses limites, ses insuffisances et ses gaspillages. L’Alsace doit pouvoir gérer elle-même une part importante de ses affaires (ou « ses propres affaires »), à l’image des régions espagnoles, allemandes ou italiennes, qui gèrent jusqu’à l’équivalent de 40 % des budgets nationaux (contre 4 % en France). Entre les communes, les groupements de communes, les Départements, la Région, il y a trop d’échelons administratifs différents
Nous souhaitons une Alsace autonome dotée d’une Assemblée aux compétences législatives dans les domaines qui concernent de près les Alsaciens : éducation, police, environnement, aides sociales etc. A l’Etat reviennent ses compétences régaliennes de justice, ordre public, défense, monnaie et affaires étrangères. C’est le principe du Fédéralisme, gage de respect mutuel entre l’Etat et l’existence réelle à laquelle aspirent les Identités qui le composent.
Pour mener à bien la réalisation de ce dessein, nous préconisons la fusion des Conseils généraux du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et du Conseil Régional, pour créer une Grande Assemblée Régionale Alsacienne. Cette collectivité territoriale unique, dotée d’un budget important et de pouvoirs étendus, assurera notamment la cohérence et l’efficacité d’une nouvelle politique de développement économique et d’aménagement du territoire de notre région.
Il est nécessaire que l’Alsace dispose de véritables ressources fiscales propres en remplacement du système contraignant, dévalorisant et aléatoire des dotations de l’État et des quelques taxes existant actuellement.
Nous voulons disposer d’un impôt moderne, assis sur la création de richesses : il faut qu’une partie de la TVA collectée en Alsace reste dans notre région pour que nous ayons les moyens de réaliser nos grands projets.
C’est à nous, Jeunes alsaciens, de porter ces projets et de militer pour notre droit le plus pur, celui d’exister !
MIR WILLE BLIEWE WAS MIR SIN!


